on en parle
« Que peut la nuit » est un travail inspirant au titre des relations entre arts et aménagement du territoire du fait de sa nature d’enquête. Le collectif Impatience fait de l’enquête une partie intégrante de l’œuvre. Chaque étape, chaque résidence de recherche-création fait l’objet d’expérimentations de formes et d’hypothèses auprès du public. Avant même la forme finale, ce sont ces rencontres entre une artiste et une scientifique, entre le collectif et des enfants, qui font œuvre.
Si l’enquête est si centrale, c’est qu’elle détermine la forme finale : à chaque sujet, à chaque création, le collectif Impatience crée une nouvelle méthodologie qui les empêche de reproduire les formes déjà pratiquées dans ses œuvres précédentes. Ce statut de l’enquête centrale et déterminante pour la forme du projet pourrait se transposer pour les enquêtes urbaines : laisser le sujet déterminer la méthodologie de l’enquête et laisser l’enquête déterminer la forme du projet pour répondre à la problématique.
Enfin, « Que peut la nuit » s’empare du sujet de l’espace public sous un angle doublement délaissé des urbanistes et aménageurs : la nuit et le regard des enfants. La nuit est un moment ambivalent, à la fois temps des interdits et de la liberté, des dangers et du calme. Le croisement d’une approche nocturne de la ville avec le regard des enfants est d’autant plus intéressant que l’espace public de nuit est un espace sans enfant, qui les rejette et leur est souvent interdit.
Que peut la nuit interroge l’ambivalence de l’imaginaire collectif associé à la nuit, considéré comme un espace-temps à la fois inquiétant et émancipateur, pour l’enfant. Il fait se croiser trois domaines et terrains de réflexions : les artistes dont le processus de création est dit “participatif”, les “nights studies” et la pédagogie active. Ces croisements se déroulent par étapes, alternant temps de réflexions partagées entre artistes et chercheurs ou chercheuses, recherche-action et temps d’immersion avec des groupes d’enfants. Les approches spécifiques de ces derniers d’une part et du temps singulier qu’est la nuit d’autre part peuvent-elles influencer des créations artistiques, participer à modifier des processus créatifs ?
Ce projet associe artistes, chercheurs et enfants dans une perspective de recherche partagée, nourrie d’apports en géographie, sociologie de l’art et pédagogie.
Par son indétermination, l’espace de la Nuit est un endroit de “questions socialement vives”, il invite à la réflexion sur les notions de protection, d’espace menacé, à défendre… En questionnant les normes, la nuit se relie également à la transgression, au désir d’inverser les “canons” et de passer par dessus l’ordre établi.
Ce qui ne se fait pas le Jour, serait-il possible la Nuit ?
Dans cet espace nocturne qui fait émerger des sensations et des relations différentes, nous souhaitons poursuivre nos recherches sur les rapports du visible et de l’invisible, sur les formes artistiques qui décalent le lien avec les spectateur·ices et leur inventent une place singulière.

Le processus d’enquête commence par une intuition, un pressentiment sur le sujet à explorer. De là, le collectif Impatience établit une méthode, toujours nouvelle, ce qui l’empêche de connaître la forme finale de la création au préalable. La forme émerge du processus.
La recherche se fait par étapes, par temps de résidences-recherches. Chaque étape de la recherche comporte ses spécialités, ses domaines : enfance, nuit, participation. Pour chaque résidence, le collectif creuse une hypothèse et teste un prototype autour de celle-ci : arpentages de nuit, seul•es, en groupe, avec ou sans enfants, jeux, pétards, etc. La forme finale émergera de ces expériences.
Le Collectif Impatience met au centre de ses créations la recherche et le rapport à l’individu/spectateur. Il développe des spectacles, des installations, des laboratoires, des protocoles de jeux et de discussions, des créations sonores, des œuvres contextuelles dans des lieux non dédiés.
Il invente des formes qui décalent le regard, qui déplacent la façon de recevoir un spectacle et d’en devenir spectateur. Les artistes déploient une «dramaturgie de l’adresse». Leurs dispositifs et leurs performances sont développés comme diverses interfaces. Le croisement avec les arts plastiques est manifeste. Ils se plaisent à réinterroger la fabrication des images : l’apparition et la disparition sont des notions récurrentes.
Leurs questions formelles créent des articulations autour des représentations du corps (corps absent, corps de l’interprète, corps collectif, corps virtuel, corps manipulateur…).
En faisant des pièces, ils cherchent à mieux comprendre qui ils sont.