on en parle
Végétale Vallée est un projet artistique de territoire qui s’appuie sur un récit évolutif, conçu pour accueillir et relier les initiatives autonomes qui émergent tout au long du processus. Les rôles de l’artiste et de sa fiction sont ici particuliers : ils tiennent la cohérence et sont responsables de la qualité de l’ensemble des propositions mais la performance artistique ne passe jamais avant la co-construction avec les habitants et les structures partenaires.
Le collectif GK défend l’importance d’incarner concrètement les transformations initiées par le récit. Dans cet esprit, les artistes ont conduit un travail approfondi avec les acteurs locaux afin que la dynamique de la fiction perdure au-delà de leur présence.
L’une des grandes forces de Végétale Vallée réside aussi dans les liens de confiance tissés avec les médias locaux. Ceux-ci relaient la fiction non pas comme la simple annonce d’un spectacle, mais comme le suivi d’une véritable découverte scientifique. La complicité avec les journaux ainsi que le suivi de cette aventure sur un blog dédié ont largement participé à la diffusion et à la crédibilisation de la démarche auprès des habitants, quitte à parfois semer le doute entre réalité et fiction.
L’expérience VÉGÉTALE VALLÉE est une action, une histoire inventée, commandée par le CNAREP Chalon dans la rue à Chalon-sur-Saône. Il s’agit de jouer ensemble à faire « comme si c’était vrai » tout en sachant que ça ne l’est pas totalement. Cette pièce de théâtre infiltrée de 132 jours a été écrite sur mesure pour ce territoire, avec des partenaires locaux, suite à une enquête sensible menée par la compagnie. Le point de départ est l’écriture d’un nouveau serment pour l’ordre régional des architectes Bourgogne-Franche-Comté, audacieux d’un point de vue écologique, idéaliste et utopique.
Une « fiction cadre» a été définie par la Cie et choisie par la structure culturelle : celle d’une découverte scientifique dans un laboratoire de biotechnologie végétale, local et imaginaire. Par la suite, une quarantaine d’événements ont été esquissés, annoncés, écrits en tenant compte de l’évolution des événements dans la réalité, puis réalisés.
Le projet a été financé par plusieurs biais : le CNAREP, qui a coproduit et a mobilisé un financement contrat de ville et l’Ordre des Architectes Bourgogne Franche-Comté, qui s’est ajouté au budget. Ces financements ont influencé ouvertement les narratifs, ainsi que les objectifs choisis par la compagnie (objectifs d’impacts décidés en amont avec l’aide d’un sociologue pour disposer d’un cahier des charges interne pour le bilan de transformation post réalisation).
Le projet a été réalisable grâce à l’implication réelle de l’équipe du CNAREP (relations publics, direction et communications avant tout), la volonté de participation de l’Ordre des Architectes, le service des Espaces Verts, l’implication du tissu associatif local et de nombreux habitants complices.

La fiction avait les ressorts suffisants pour embarquer tout le monde, nous étions garant de l’éthique et de la qualité des contenus, mais pas des chemins par lesquels nous passions
Végétale Vallée est un projet qui s’est constitué à partir d’une phase importante d’enquête sur le territoire. La première étape a été de discuter avec le CNAREP de Chalon pour cadrer les sujets à aborder et identifier des personnes et des lieux à rencontrer. S’en sont suivis plus d’une quinzaine d’entretiens individuels dans autant de structures aussi variées que l’Ordre des Architectes régional, le tribunal local, une associations d’aidants dans le handicap, des écoles de tout âge, les musées, les bibliothèques, le centre social, etc.
De cette enquête émergent trois nœuds que cherche à traiter le fil narratif : la perte d’identité de la ville, notamment suite à la perte de l’entreprise Kodak, une forme d’insensibilité écologique et un isolement social important. Ce fil narratif est ensuite conçu pour pouvoir agréger toutes les initiatives qui le souhaitent.
Le fil narratif de Végétal Vallée est une fiction qui a pour ambition d’avoir des effets sur le réel. Cette fiction est une ligne éditoriale pour les dizaines de propositions artistiques faites dans la ville mais surtout, elle est une matrice dont se sont emparées une trentaine d’associations.
Dans l’histoire, le végétoscope, une invention scientifique d’un laboratoire local, permet d’entrer en communication avec les plantes. Cette découverte a des répercussions innombrables sur la société chalonnaise.
Le fonctionnement de la pièce était cadré par deux éléments concrets :
– une feuille de salle pour s’ancrer dans la réalité : toutes les apparitions de la fiction ont été listées (avec date, heure et espace où les trouver), décrites en amont. Les règles “du jeu” y ont été clarifiées : ne pas créer de la fake news, mais jouer toutes et tous ensemble à “comme si c’était vrai”. Cet outil a été distribué en amont et pendant chaque évènement.
– un blog contributif pour s’ancrer dans la fiction : tout événement fictionnel pouvait être documenté à l’intérieur même de la fiction, pour permettre au public de trouver un previously disponible en ligne, (et rejoindre l’aventure à tout moment), et pour pouvoir s’exprimer à l’intérieur de la fiction. Dans le récit, ce blog est initié et tenu par les personnages principaux de la fiction, mais tout habitant peut leur envoyer du contenu et ils le publient (ce qui s’est passé).
Une des originalités de Végétale Vallée est la volonté d’un acteur comme l’Ordre Régional des architectes de Bourgogne-Franche-Comté de s’impliquer. Leur présence dans le projet a infléchi le fil narratif et l’a ancré dans la réalité. L’ambition du fil narratif des architectes, convenue avec l’Ordre, était d’écrire un nouveau serment pour l’ordre régional. Un serment à engagement audacieux d’un point de vue écologique, un serment idéal et utopique, rendu possible par l’invention du végétoscope et la communication avec les plantes.
L’implication de l’Ordre Régional dans cette fiction a provoqué des critiques et d’intenses discussions au sein du milieu des architectes. Le sujet a même fait l’objet de débat entre l’Ordre Régional et l’Ordre National des Architectes. Aujourd’hui l’Ordre Régional, satisfait de son nouveau serment, a pour objectif de l’argumenter pour le faire passer au niveau national. Ils veulent que le serment de la fiction devienne le serment de tout leur métier.