on en parle
Dans son travail sur La nature des équilibres, Sylvain Gouraud interroge la manière dont les pratiques agricoles interagissent avec l’environnement. Il aborde une posture d’enquête dont la méthodologie et le processus sont indissociables des productions visuelles finales. Il s’immerge auprès des habitant•es et acteur•ices du territoire pour mieux sentir et découvrir le terrain. Suit ensuite une étape de retour sur la matière qu’il traite avant de revenir vers les acteur•ices avec ses productions pour entraîner la discussion. Pour lui, l’enquête est “la manière d’agréger les acteurs qui sont liés à une problématique, une question”. L’importance de la démarche réside en partie dans cet attachement à revenir sur le terrain, à diffuser ses productions et à créer des rencontres entre le monde de l’agriculture et celui de la culture. Ainsi, si La nature des équilibres rend compte de situations ancrées, spécifiques à un territoire, l’œuvre de Sylvain Gouraud parle plus largement des rapports de notre société à la Terre à l’ère de l’anthropocène. Sans tomber dans le romantisme passéiste d’un rapport à la Terre perdu et idéalisé, l’artiste met en lumière les dynamiques de domination de l’homme sur son environnement.
Sylvain Gouraud est un artiste visuel qui s’immerge dans des milieux où l’homme agence ses pratiques de façon à négocier sa place au sein des vivants, humains et non humains, pour construire avec les acteur•ices concerné•es une représentation juste d’enjeux complexes. Son travail l’amène ainsi depuis 2014 à enquêter sur l’agriculture, ses acteurs et leur rapport au milieu naturel.
La nature des équilibres est un récit déployé sous la forme de manipulations de tirages photographiques sur une table placée devant un écran. Il prend plusieurs formes dont celle de la performance. Sylvain Gouraud réunit sous la forme d’une constellation visuelle, des documents d’archives, des vidéos et des sons pour se promener dans cette enquête de dix années sur les pratiques agricoles. Chaque année de cette recherche a été l’occasion d’une exposition, au ZKM à Karlsruhe, au Pavillon de l’Arsenal à Paris, Aux abattoirs à Toulouse, entre autres. Un livre est en préparation aux éditions Loco et un film a été réalisé avec les agriculteurs du Pays-Centre-Ouest-Bretagne.

La nature des équilibres est un récit construit autour d’une enquête photographique que Sylvain Gouraud a mené durant une dizaine d’années dans les milieux agricoles. Il suit le fil qui relie nos manières de voir à nos façons de travailler la terre en jouant de l’analogisme entre la prise de vue et l’accaparement de la terre. Il tente de relier le monde de la culture et celui de l’agriculture.
Le livre se déploie en trois chapitres intitulés : Voir, Savoir et Avoir.
Voir : ce premier chapitre décrit nos manières de voir et l’influence de l’esthétique sur les pratiques agricoles.
Savoir : ce deuxième chapitre nous immerge dans la nécessité pour les agriculteur•ices de faire des choix et dans la manière dont se construit leur savoir, entre croyance scientifique et pragmatisme ésotérique.
Avoir : ce dernier chapitre décline les conséquences d’une appréhension capitalistique du vivant au travers du rapport aux machines agricoles, de l’accaparement des terres et du brevetage des semences.
La nature des équilibres dresse une représentation contemporaine du monde agricole, de ses différentes pratiques à la manière dont il façonne le territoire. Il parcourt aussi bien le versant industriel que celui de la biodynamie.