on en parle
Hors des cadres classiques de l’intervention artistique dans le projet urbain se déploie une démarche expérimentale et transitoire, qui fertilise un espace en mutation et accompagne la définition d’un projet à venir.
Au cœur d’un programme urbain d’envergure, l’aménageur et les usagers prennent le temps de tester les potentialités de cette Halle gourmande et d’en ajuster les futurs usages.
Le projet temporaire de l’Avant-goût est enrichi par une maîtrise d’œuvre pluridisciplinaire, assurée par l’Atelier Deux cent quatre architectures. Dans cette opération, ce dernier associe aux deux architectes (Juste Quentin Hatry et Ophélie Chassin) un artiste (Julien Boucq), pour élaborer, construire et aménager les modules de l’Avant-goût tout en animant le site par des chantiers participatifs. Entre méthodes agiles de réemploi, intégration des publics, mémoire de l’existant dans la transformation notamment par l’intervention artistique, l’Avant goût apparaît comme un laboratoire du projet urbain et de l’urbanisme transitoire.
L’Avant-goût a préfiguré les usages de la Halle gourmande Chaud bouillon au cœur de Fives Cail, vaste programme de reconversion d’une friche métallurgique lilloise en écoquartier.
Coordonné par la société Soreli, chargée de l’aménagement du futur quartier, l’Avant-goût articule dans la Halle F6 la coexistence d’espaces éphémères et modulaires, centrés sur l’alimentation. À terme, cette halle gourmande accueillera une cuisine commune à vocation sociale, un food court, une serre urbaine et un bassin d’élevage. Installé en face du Lycée Hôtelier International de Lille, le projet définitif verra le jour fin 2019.
Phase de préfiguration préalable au projet définitif, la dynamique insufflée par l’Avant-goût enclenche l’inclusion, la participation et l’appropriation des acteurs du territoire et des habitants. Durant la phase des premiers travaux, des appels à la récupération (matériaux/équipements/outils) et des chantiers ouverts ont ainsi été organisés. En fonctionnement depuis l’automne 2017, l’Avant-goût comporte d’ores et déjà un Pavillon gourmand, équipé de la cuisine commune où gravitent plusieurs partenaires du projet qui y organisent des ateliers culinaires. On y trouve également une Serre urbaine pourvue de bassins d’élevage en aquaponie, des bureaux et la Maison du projet Fives Cail. Autant de lieux qui permettront également d’accueillir une programmation artistique et festive qui rythmera le chantier jusqu’à sa livraison définitive.

Pour imaginer les espaces de l’Avant goût et les construire, la Société d’Economie Mixte (SEM) Soreli a retenu la proposition de l’Atelier Deux cent quatre. Son équipe pluridisciplinaire et à effectif variable s’est associée pour l’occasion à un artiste, Julien Boucq, adepte des installations in situ.
Pour les architectes, la présence et l’intervention d’un artiste est une plus-value qui amplifie l’identité et la cohérence plastique et graphique des propositions. Leur travail en commun permet aussi de concevoir et d’élaborer un projet sur-mesure, grâce à une analyse sensible du terrain et de ses mémoires avec une importance réaffirmée pour les traces de l’ancien dans la mue architecturale et urbaine.
Habitués à collaborer sur des formes artistiques d’échelles plus réduites, ils proposent à l’aménageur une approche du chantier basée sur la récupération de matériaux et la participation des publics ; méthodes qui pourraient expliquer l’appropriation effective des espaces par les associations et les usagers dès leur livraison en 2019.
Après plusieurs années de phase préfigurative, Chaud Bouillon, le projet final porté par Petite Lune, a conservé une grande partie des éléments de programmation testés par l’Atelier Deux-cent-quatre. L’élément central du projet est une grande halle gourmande avec bar et petits restaurants et propose une programmation culturelle sur ses jours d’ouverture. Deux cuisines collectives peuvent être utilisées par des personnes et structures extérieures au lieu : une cuisine professionnelle qui permet à trois associations de proposer des formations pour les personnes éloignées de l’emploi, et une cuisine commune qui permet par exemple au CCAS de Lille et à l’association Les sens du goût de proposer des ateliers culinaires. La serre de la ferme urbaine et ses cultures en aquaponie ont elles aussi été pérennisées dans le projet final. Si la dimension solidaire est portée dans le projet, on peut toutefois regretter la très faible mixité sociale qui empêche l’appropriation du lieu par les habitants du quartier, majoritairement issus de classes populaires.