on en parle
La démarche du parlement de Loire engendre un puissant changement de perspectives pour penser, sentir et parler depuis les milieux. Elle opère le passage d’une vision anthropocentrée à une perspective retournée puisqu’il ne s’agit pas seulement de considérer le seul point de vue humain, mais de partir des relations d’interdépendances entre humains et autres qu’humains.
Le processus du parlement de Loire, par son origine fictionnelle et sa ligne de crête arts-sciences-territoires ouvre un nouvel espace de réflexion, de débat et d’action collective multi-facette et transdiciplinaire. Elle contribue à l’émergence de nouveaux récits et à faire du fleuve non plus un objet-technique mais un sujet-culturel.
La démarche du parlement de Loire est reconnue comme pionnière d’un mouvement singulier, celui des parlements des fleuves et de rivières portés par des collectifs locaux, des fictions territoriales souvent fondées sur des approches arts-sciences-territoires.
En 2019, le POLAU propose un programme artiste- ingénieur « GÉNIES-GÉNIES » à la région Centre-Val de Loire, qui met en relation acteurs de la création artistique et acteurs des territoires. Dans ce cadre, le POLAU invite l’écrivain-juriste Camille de Toledo en résidence d’écriture pour travailler l’idée d’une institution fictionnelle qui représenterai des voix du fleuve. De 2019 à 2021, s’engage alors une expérimentation de délibération institutionnelle par biais d’enquêtes collectives pluridisciplinaires, d’auditions, de temps publics, d’Assemblées, etc.
La démarche s’est rapidement amplifiée par à l’émergence d’un collectif d’acteurs agrégé lors de la phase de recherche-création. En 2022, naît ainsi le collectif « Vers un parlement de Loire » qui élargit le champ des réflexions et des compétences. La démarche devient protéiforme et multi-récits. Les actions, les entrées et les approches se sont démultipliées permettant d’approfondir et de diversifier le récit du parlement de Loire. La démarche s’apparente depuis à une mosaïque d’actions arts-sciences-Loire qui renforcent ses effets transformateurs au niveau local, régional, national et international (résidences, enquêtes, Fresque de Loire, création d’une école-territoire de Loire, Manifeste, Grande remontée, reconnaissance des savoirs nautiques ligériens au patrimoine immatériel, bilan de santé de Loire, etc.).
Le collectif réunit le POLAU, la Mission Val de Loire, l’Université Populaire pour la Terre de Tours, la Rabouilleuse-école de Loire, Ligere, la Maison des Sciences de l’Homme Val de Loire, Le Petit Monde et Nat Explorers.
À l’origine, l’aventure s’envisage comme une réflexion en actes, une idée du retournement, expérimentée au travers d’actions arts-sciences-territoires situées et partagées avec les publics, les professionnels et les élus.
La genèse du projet prend racine dans une posture qui consiste à partir du milieu ligérien et de ses alertes pour construire une fiction qui retourne et décentre les points de vue. A partir des alertes de Loire, la fiction est mobilisée comme procédé structurant et comme modalité de mise en récit. Dans cette approche le postulat est celui de la puissance transformatrice de la fiction qui opère des décadrements.
Pour donner corps à ce qui est au départ une idée, vient le temps de l’enquête. En s’inspirant des enquêtes parlementaires, la démarche réunit une commission et s’ouvre sur une douzaine d’auditions publiques orchestrées par Camille de Toledo. Elles ont donné la parole à des chercheurs, juristes, philosophes, archéologues, pêcheurs, artistes, etc. Ces auditions ont permis de débattre de l’hypothèse de la personnalité juridique de Loire. Cette série d’auditions s’est achevée par la publication de l’ouvrage « Le fleuve qui voulait écrire » et l’organisation des Assemblées de Loire, en septembre 2021. Quatre journées qui ont marqué l’ouverture du parlement de Loire aux habitants et usagers par des ateliers culturels et artistiques, de rencontres-débats, de projections ou encore des marches.
L’élargissement du processus et sa poursuite par un collectif témoigne de la force d’un procédé arts-sciences-territoires capable de fédérer et de transformer au delà des attentes initiales. Le vecteur culturel devient le levier fondateur pour travailler des enjeux complexes, souvent confinés dans la sphère technique, en donnant voix aux milieux.
Du 1er au 20 septembre 2023, une flottille de bateaux traditionnels remonte la Loire de Saint-Jeande-Boiseau, en aval de Nantes, à Orléans. À l’initiative des associations Voiles de Loire et
la Rabouilleuse-École de Loire, cette aventure a permis de naviguer sur plus de 330 km en embarquant à leur bord de nombreux témoins. Les animations, expositions, marchés ligériens, forums de discussions et résidences arts-sciences-marines ont fait de la Grande Remontée un espace itinérant d’apprentissage pour observer les évolutions du cours d’eau, de son débit, ses problématiques techniques et environnementales et pour recueillir des informations sur la navigation fluviale (constats, dangerosités, controverses).
L’occasion d’un temps long pour envisager l’écriture d’une fiction, celle d’une déclaration “remontante » de Loire. Pour le collectif « Vers un parlement de Loire », la Grande Remontée a été l’occasion de déployer des actions de médiation et de collectes agrégeant connaissances scientifiques, l’expertise citoyenne, les savoirs situés, la connaissance populaire du milieu, les histoires et anecdotes, etc. Chaque journée embarquait un trio de résidents composé d’un artiste, d’un scientifique et d’un·e marinier·ière autour d’une thématique spécifique liée au fleuve. Lors des séquences, les équipages hybrides ont soulevé des enjeux. Une enquête restituée dans divers oeuvres : film, roman graphique, carnet, etc.