on en parle
De chair et d’os développe des pratiques théâtrales très contextualisées. Avant de produire ses créations, la compagnie s’immerge dans le territoire, se met à l’écoute de ses histoires, arpente ses lieux, découvre sa vie. Elle approfondit sa compréhension du contexte par des recherches et des entretiens. Ce n’est qu’ensuite qu’elle crée un récit et des parcours pour “donner corps” à ce qu’elle a perçu. Le spectacle qui en découle implique les habitant.e.s rencontré.e.s, les endroits visités, pour leur offrir la possibilité de porter leur voix. Les créations de la compagnie s’emparent des espaces de la vie quotidienne pour en faire des “espaces de rencontres, de croisements, d’échanges de personnes provenant de milieux sociaux, origines, cultures, générations, habitudes diverses”. La ville elle-même devient la scène sur laquelle se raconte le récit commun proposé.
De chair et d’os invente des projets artistiques en fonction de contextes. Caroline Melon, sa directrice artistique, conçoit des dispositifs qui répondent à une envie, une problématique exprimées par un.e commanditaire ou bien décelées lors d’une étude attentive de l’environnement. Celui-ci peut être géographique (un bâtiment, un quartier, un territoire) ou dessiner un périmètre plus abstrait (paysage politique, monde de l’entreprise…). Elle met ensuite en œuvre un processus qui peut s’avérer être l’oeuvre en elle-même, ou bien aboutir à une forme d’activation, de restitution. Elle rassemble des équipes d’artistes et d’intervenant.e.s aux profils variés qu’elle met en scène pour des actions qui correspondent à leur savoir-faire, dans un léger pas de côté amené par un récit commun. Le processus artistique se double la plupart du temps d’un travail avec les personnes du territoire (éducation artistique, médiation, participation etc).
Dans le champ du spectacle vivant, on donne à De chair et d’os le nom de “compagnie de théâtre”. Pour autant, la structure n’a pas un fonctionnement de troupe, puisque chaque projet réunit des équipes d’artistes et de contributeurices à géométrie variable, en fonction des besoins. Elle s’inscrit dans le domaine du théâtre sans pour autant monter sur un plateau ni se vêtir des codes en vigueur – non par esprit de contestation, mais simplement parce que la structure aime à agir dans des espaces de vie quotidienne, les transports en commun, les écoles et les rues des villes.
Cet anti-manuel explore le lien entre le travail sur un projet artistique et la mise en valeur de territoires, les réactions des habitant·e·s de ces lieux de vie et des institutions qui les administrent, les enjeux d’une commande in situ et tout le processus de collaboration qui en découle.
Le livre raconte l’aventure Bons baisers de Libourne, projet in situ de trois ans de résidence, et se base aussi sur d’autres expériences, passées et présentes, pour donner des clés et une méthodologie de projet de territoire. Ce livre est un partage d’expériences, de processus de travail mais aussi de doutes pour rendre compte de la richesse et de la complexité de ces projets hybrides et inclassables. Il incorpore des anecdotes et des exemples précis ainsi que des témoignages des habitant·e·s, des équipes des théâtres et des différentes personnes rencontrées.
De 2021 à 2023, Jonathan Macias et Caroline Melon ont séjourné à Brest et parcouru ses sept quartiers pour découvrir son histoire, ses traumatismes sédimentés, mais aussi ses personnages et ses lieux incongrus. Accompagnés par le Centre National des Arts de la Rue le Fourneau et le Quartz, scène nationale de Brest, la compagnie a monté le projet 24h avant demain comme un spectacle dont les principaux comédiens sont les Brestois.e.s. Ils sont sept et accueillent chacun le public dans un lieu significatif pour eux : un appartement, le cœur du Cercle Naval, le sous-sol d’une auberge… S’ensuivent une rencontre, le récit d’une histoire, souvent personnelle, une activité partagée. Pendant 24 heures, de jour comme de nuit, les quelques 200 Brestois.e.s mobilisé.e.s accueillent le public aux quatre coins de la ville avant que public, bénévoles et artistes se retrouvent pour un “grand final collectif”.