on en parle
La permanence architecturale et la programmation ouverte de la Preuve par 7 sur l’ancienne gare de Lunel ont permis de révéler la mémoire du lieu et d’en inventer les futurs usages. Elles répondent aussi aux enjeux de SNCF Immobilier de redonner vie aux espaces vacants et coûteux, tout en assurant l’entretien et le gardiennage du site.
Pour la SNCF, l’activation permise par l’équipe de permanents contribue à reconnaître le rôle d’une démarche culturelle dans une dynamique de valorisation d’un patrimoine et de mise en lumière d’usages. Pour la Preuve par 7, elle a offert la possibilité de repenser les singularités et le lien du bâti avec son territoire d’ancrage, et de cerner la mémoire d’un lieu à rénover. La démarche fait de l’ancienne gare de Lunel un lieu habité et un espace vivant, avant même sa réhabilitation. Pour les usager·es, elle a permis de générer une hospitalité pour faire du lieu un espace à la fois de rencontres entre habitant·es, acteurs socio-professionnels et associations, mais aussi d’accueil pour des acteurs œuvrant à la réinsertion à l’emploi, à la formation et à l’accompagnement de jeunes en difficultés.
Cette démarche connaît aussi des fragilités et des difficultés pour s’adapter à l’organisation complexe de la SNCF : le temps long, condition de réussite, en témoigne : deux années de négociation entre six partenaires pour une permanence qui ne s’inscrit pas dans la durée.
En 2018, la Preuve par 7 – dispositif développé par Patrick Bouchain – initie des premiers échanges avec SNCF Immobilier autour de projet d’expérimentation dans les bâtiments des gares désaffectées. L’ancienne gare de Lunel – bâtiment qui a eu plusieurs vies (logement du chef de gare, centre de formation, logements de cheminots) maintenant vacant, fermé et inexploité depuis une dizaine d’années – est identifiée.
Le projet de SNCF Immobilier et la Preuve par 7 s’organise autour de deux permanences architecturales : une pré-permanence de décembre 2019 à janvier 2020 avec l’architecte Jacques Garnier, puis une de septembre à octobre 2021 avec l’architecte Mathilde Tournyol du Clos. La permanence prend place sur les 65m2 de l’ancienne gare avec une équipe sur place de manière quotidienne et sur les 2000m2 de parvis utilisés pour plus de visibilité et de meilleures conditions d’accès. A cela s’ajoute une programmation événementielle et culturelle qui évolue au gré des rencontres et des opportunités locales : Garden Parvis (La preuve par 7), Génération [pomm]ée (Cie AutreMiNA), participation des Traceurs de Lunel, balade le long du Canal de Lunel…
La présence quotidienne des permanent·es fait d’eux des entremetteurs avec les habitant·es et usager·es pour faire remonter des besoins et des hypothèses de futurs aménagements du site.
“La démarche d’accompagnement de la Preuve par 7 a été source de nouveaux imaginaires”
Maîtrise d’ouvrage, SNCF Immobilier

La permanence architecturale incarne l’ancrage d’une équipe qui occupe, sur un temps long, le lieu du projet pour tester des usages, révéler des besoins par un travail de programmation “ouverte”. La Preuve par 7 développe ce principe sur 7 échelles de territoire différentes.
C’est une démarche qui promeut le «permis de faire», c’est-à-dire la nécessité d’expérimenter sur le terrain pour inspirer la loi, les politiques publiques et légitimer des pratiques et propositions de la société civile.
Travailler avec une entreprise de la taille de SNCF ne va pas sans contrainte. L’aspect expérimental de la permanence architecturale n’a pas fait l’unanimité et a rencontré certains points de friction. C’est l’exemple de la “bataille des fenêtres” : celles de l’appartement-permanence n’étant plus aux normes (leur ouverture considérée comme dangereuse), leur remplacement s’est heurté à la lourdeur administrative de SNCF – obligation de passer par des entreprises qui établissent des marchés nationaux, habilitée par SNCF, plus rares et plus chères. En résulte un moment d’incompréhension où l’architecte pensait pouvoir gérer cela simplement, mais se heurte à une réalité plus complexe.