Le Gueulard

Café culture sur friche de sociabilité ouvrière

Thème : Lieu

Mode d’actions

  • Faire la ville avant la ville
  • Fédérer les acteurs
  • Lire le territoire
  • Ouvrir de nouveaux espaces de parole
  • Susciter des méthodes alternatives d’urbanisme
  • Transformer / Requalifier

Le Gueulard est un café culturel situé à Nilvange, commune mosellane de cinq mille habitants, à une dizaine de kilomètres de la frontière luxembourgeoise. Il est créé en décembre 1984 sous la forme d’une société coopérative de travailleurs (encore intitulée société coopérative et participative), par une dizaine d’ami.e.s désireux.ses d’engager une initiative citoyenne et artistique, dans une Moselle où l’industrie sidérurgique s’étiole. Clin d’œil au patrimoine dont beaucoup aspiraient à se détourner, son nom fait référence à l’orifice au sommet des hauts-fourneaux et à la sirène qui ponctuait le quotidien des ouvriers. Animés par l’idée de concevoir un lieu de vie à usages multiples, les porteurs du projet achètent le fonds de commerce d’un bar en liquidation. Sur le modèle de la sociabilité ouvrière, dans le temps du hors-travail, ils imaginent une activité de café mêlée à une programmation artistique et culturelle, associant à la diffusion et création musicales des espaces de forums, de rencontres et d’échanges. En juin 1984, quelques mois avant l’ouverture du Gueulard, ils constituent l’association PAVE, Pour une Alternative Vers l’Expression, dédiée particulièrement à la structuration de l’activité artistique.
Entre 1985 et 1998, Le Gueulard organise des concerts et festivals et devient un lieu de vie énergique de la Vallée de la Fensch. Il est mis à contribution pour la création du label « Café musique », instauré par Jack Lang en 1992. En 1996, il devient la première salle lorraine à obtenir le label SMAC, « Scène de musiques actuelles », qu’il conservera jusqu’en 2000. Suite à une loi anti-bruit (décret n° 98-1143 en application en décembre 2000), l’association PAVE délocalise une partie des concerts en dehors du café pour n’y produire plus que des sessions acoustiques et du théâtre (elle bénéficie entre 2000 et 2006 du label de scène conventionnée itinérante). Dès 2001, l’opération Le Gueulard s’éclate permet de développer avec des salles locales des activités artistiques et culturelles itinérantes dans la vallée. Durant cette même période, Le Gueulard initie de nouvelles activités (accueil d’un marché de producteurs locaux, mise en place de résidences pour des artistes régionaux, formations). À l’occasion de ses vingt ans, il accueille l’auteur et metteur en scène Paul Fructus, dont la résidence d’une année aboutit à une création théâtrale en décembre 2005 et l’édition du texte Besoin de personnes.
Dès 2008, Le Gueulard accompagne la préfiguration puis création d’une nouvelle SMAC, Le Gueulard +, qui ouvre en 2014 sur l’ancien site de la piscine de Nilvange, à quelques centaines de mètres du café. Le Gueulard + encourage et promeut des artistes régionaux grâce à une programmation orientée sur la découverte d’esthétiques et de démarches artistiques encore peu diffusées sur les scènes. Il développe également une programmation Jeune public en collaboration avec diverses structures nationales et locales (JMFrance, Centre socio-culturel du Creuset, etc.). Aujourd’hui, Le Gueulard continue d’étoffer une programmation quotidienne d’ateliers, de concerts, de conférences et débats, de performances et d’expositions.


© Le Gueulard.

Focus

Le berceau du faire

Pépinière de projets au coeur du Val de Fensch, Le Berceau du Faire est une association conçue en 2014 et basée à Nilvange. Elle est une complice régulière du Geulard, avec lequel elle s'est associée pour concevoir en 2016 le FestiNimp : festival réunissant des expositions, concerts, propositions chorégraphiques et théâtrales, conférences, projections-débat et espace d'expression pour recueillir les idées des participants. Le Berceau du Faire promeut l'échange réciproque de savoirs et savoir-faire dans différents domaines (arts graphiques, musique, bricolage, etc.) au travers d'initiatives variées : ateliers pédagogiques, accompagnement de projets citoyens, organisation d'événements.
À titre d'exemple, il crée en 2015 le Free Shop de Nilvange, un lieu de libre-échange qui permet de donner et d'acquérir gratuitement des objets hétéroclites, conjugué à un espace de rencontre. Le parti-pris du projet, en dehors d'un système marchand et centré sur le don (il ne s'agit ni de troc ni d'un service d’échange local), n’est pas sans évoquer la solidarité qui régnait dans la vallée industrielle au temps où l’activité sidérurgique était en plein essor.

Pourquoi on en parle ?

Aujourd’hui trentenaire, Le Gueulard hybride une activité économique servicielle à des pratiques socio-culturelles, tout en s’affirmant comme un projet pilote dans le développement du modèle des SMAC. Depuis ses origines, il génère et cultive une dynamique locale qui témoigne de la capacité à s’inscrire, perdurer et foisonner dans une commune de 5000 habitants, et ceci en s’appuyant sur son patrimoine matériel et immatériel, sur ses imaginaires, sur son histoire sidérurgique. Mus par leurs convictions, ses créateurs ont fait de leur café un espace culturel de proximité post-industriel, porteur de développement local et moteur de l’essor artistique du territoire en mutation de la Vallée de la Fensch. En parallèle du café culturel, ses salariés accompagnent aujourd’hui des associations dans la réalisation de leurs projets, en stimulant une activité de réseau et en leur proposant des espaces de travail et d’échanges.
La Communauté d’Agglomération du Val de Fensch et le ministère de la Culture se sont saisis de la dynamique culturelle insufflée par Le Gueulard, en soutenant ses initiatives jusqu’à l’obtention du label SMAC et l’émergence de la nouvelle scène, Le Gueulard +. Ce dernier a ainsi vocation à irriguer le grand territoire du nord de la Lorraine, jusqu’au développement de projets transfrontaliers, en incitant des partenariats avec les acteurs associatifs locaux, les établissements d’enseignement artistique et les salles de diffusion voisines. Les institutions culturelles viennent ainsi stimuler le développement d’un territoire post-industriel en s’appuyant sur les initiatives existantes, en dialogue avec elles, en encourageant la couture entre la sociabilité ouvrière, les initiatives territoriales, le développement économique et la création/diffusion contemporaine.