L’Axe majeur

Œuvre monumentale praticable de Dani Karavan

Thème : Projet

Mode d’actions

  • Faire la ville avant la ville
  • Fédérer les acteurs
  • Lire le territoire
  • Ouvrir de nouveaux espaces de parole
  • Susciter des méthodes alternatives d’urbanisme
  • Transformer / Requalifier

Une initiative rédigée en collaboration avec Elvire Beugnot, étudiante du Master 2 Projets Culturels dans l’Espace Public (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne).

Réalisé à Cergy par le plasticien israélien Dani Karavan, L’Axe majeur est une hybridation entre land art, aménagement paysager et sculpture, à la fois œuvre et espace public praticable.
Sa construction s’achève en 2009, près de trente ans après le lancement de la commande. Partant du quartier des Hauts de Saint-Christophe de Cergy-Pontoise, l’Axe se déroule sur 3,2 kilomètres jusqu’à la lisière de Neuville-sur-Oise. Il s’inscrit dans la tradition française des jardins et de la perspective (Axe du Louvre, Arc de triomphe, Arche de la Défense…). Inachevé par rapport aux plans d’origine, sa composition finale comporte douze stations successives. Du haut de ses trente-six mètres et inclinée en direction de l’Oise, la Tour Belvédère en est la première. Elle offre une vue en enfilade sur l’œuvre, agrémentée d’un laser dont l’extrémité constitue le symbole de la douzième station. Le long de l’axe et de sa topographie changeante, les stations se succèdent (le Verger des impressionnistes, témoin d’un passé agricole, le Bassin, la Passerelle, l’Île astronomique, l’Esplanade, etc.). Invité par Michel Jaouën, urbaniste à l’EPA Cergy-Pontoise (entité consacrée à l’aménagement de la ville nouvelle éponyme), Dani Karavan découvre le site en 1978. Les urbanistes de l’EPA aspirent à faire de l’Axe majeur une figure de l’identité de Cergy, appréhendée comme une ville paysage. Futur espace public, ils lui réservent un espace central, préservé de l’espace urbain. Présenté à l’époque à Jack Lang, le projet bénéficiera du soutien du ministère de la Culture qui déploiera des fonds pour la construction de la première station.

Vue des douze colonnes depuis la passerelle © D. Chauvin

Focus

La compagnie Carabosse à L'Axe majeur

En décembre 2013, la compagnie d’arts de la rue Carabosse, composée de plasticiens, concepteurs et comédiens, est invitée dans le cadre de Festiv'Artère publique par le lieu de fabrique Nil Obstrat pour s’emparer de l'Axe majeur. Ses installations de feu investissent et réinterprétent l’œuvre de Dani Karavan, créant un parcours embrasé de l’esplanade de Paris à la passerelle rouge traversant l’Oise. Tout en soulignant la dimension linéaire de l’Axe, cette déambulation ardente est porteuse d’une dramaturgie, propose une lecture renouvelée des douze stations, chacune scénographiée, sonorisée et investie par des personnages.

Pourquoi on en parle ?

Représentatif de l’aménagement des villes nouvelles dès les années 1970, l’Axe majeur est un marqueur d’une époque. Fruit d’un montage financier mixte, cette œuvre-espace public est le produit d’une volonté forte d’aménager le territoire des villes nouvelles, portée par des urbanistes et politiquement soutenue. Le fléchage de fonds attribués à la construction de la station inaugurale par le ministère de la Culture a probablement contribué à engendrer un effet de levier : l’association Axe majeur et un comité de parrainage ont été créés, et par la suite vingt-quatre entreprises se sont engagées à financer les douze colonnes élevées en 1989.
Imbriquée dans le tissu urbain qu’elle révèle, l’œuvre a épousé la temporalité du projet urbain par une conception inscrite dans le temps. Les plans d’urbanisme ont dédié à l’œuvre et à son espace public traversant une place centrale et préservée. Hors du champ du 1%, l’artiste israélien Dani Karavan conçoit avec l’Axe majeur une proposition dans la même veine que le Musée à ciel ouvert de la Défense. Il participe à l’ancrage de la ville nouvelle et de ses habitants dans un espace naturel et culturel, bénéficiant d’une empreinte identitaire cergypontaine artistiquement incarnée.