Nicolas Riedel – Partager la culture des autres

21 mai 2025

Propos reccueillis par : David Sanson


Spontanément, vous qui êtes notamment très attentif à la question de l’implantation des équipes artistiques dans les zones rurales, que vous inspire cette notion d’habitant·es ?

Disons que le prisme des droits culturels m’incite à parler plutôt de « personnes » pour réfléchir à la question de l’habitabilité des territoires. Et aux manières de faire en sorte que des personnes installées sur un territoire puissent profiter d’une offre culturelle autrement que par le développement d’actions artistiques et culturelles. Comment, à l’heure où l’on assiste à des changements assez réguliers d’élu·es sur ces territoires, porter une politique culturelle qui puisse se maintenir sur le temps long, seule manière d’impliquer des personnes dans ces enjeux-là ? Comment faire pour que le secteur culturel s’ouvre à d’autres secteurs et qu’ensemble ils puissent mettre en place des Projets culturels de territoire ? C’est à cela que nous travaillons actuellement, avec l’État et la Région.

Les Projets culturels de territoire, qui abordent la notion de culture au sens large, semblent être en effet une nouvelle manière d’impliquer les personnes dans la transformation de leur territoire…

Effectivement. L’idée est de mettre en place des méthodologies pour que les habitant·es puissent être des contributeurs ou des co-constructeurs de cette politique culturelle, sans que ce soit artificiel. Cela suppose l’implication des structures déjà existantes – essentiellement des associations ou des regroupements d’habitant·es. On sait très bien que dans le secteur des politiques culturelles, on a un langage souvent très spécifique, qui n’est pas compréhensible par tout le monde, et qui n’est pas le même que celui utilisé dans le social ou dans la santé. Comment faire en sorte que ces personnes puissent parler la même langue ? En mettant en place des réunions participatives, co-constructives, qui permettent de partager la culture des autres, de comprendre les enjeux de chacun·e, et de réaliser quelque chose qui corresponde à tout le monde, et à l’identité propre du territoire.

L’autre complexité, c’est que les politiques culturelles régionales que nous portons doivent être réadaptées à chaque territoire, en fonction de son histoire, de son économie, de sa population, des personnes qui y travaillent… Et l’on sait que les territoires vont avoir besoin au minimum de 3 ans d’accompagnement avant de pouvoir se lancer dans l’écriture d’un projet culturel de territoire (PCT). Parce qu’un tel projet nécessite, pour nos partenaires institutionnels, une contractualisation. Il n’est pas facile de passer à quelque chose de très écrit impliquant des élus, des associations, des parties prenantes telles que la CAF ou des centres sociaux… Les projets culturels de territoire sont accompagnés par l’Observatoire des politiques culturelles, et nous – Agence du livre, Agence du spectacle vivant, UFISC, Culture·Co (réseau national pour la culture dans les départements, Ndlr.) – sommes plutôt là pour accompagner à travers nos dispositifs propres. Nous menons par exemple des cartographies sensibles de territoire, l’UFISC propose des parcours apprenants, etc.

Le Projet culturel du territoire Livradois-Forez en est un exemple ?

Exactement. C’est même le premier projet culturel de territoire formalisé dans notre Région. ll existait déjà des CTEAC (Contrats territoriaux d’éducation artistique et culturelle) depuis une petite dizaine d’années. Ceux-ci ont déjà amené de premières co-constructions avec l’Éducation nationale – avec des actions culturelles dans le temps scolaire et hors temps scolaire – et à des contractualisations, le plus souvent avec le secteur de la santé, pour travailler avec des EHPADs, des hôpitaux, etc. Selon la politique portée par la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) dans notre région, au bout de trois ou quatre CTEAC, on est en capacité de commencer à s’inscrire dans cette logique de projets culturels de territoire. L’enjeu est alors d’aller plus loin et de travailler avec les secteurs de l’éducation populaire, du social, du sport…

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